MOUVEMENT   CITOYEN   DES   AARCHS ....      ALGERIE

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En Avril 2001,alors  que la Kabylie et plusieurs autres wilayas (départements ) d’Algérie se préparaient à célébrer le 21 eme anniversaire du printemps amazigh du 20 Avril 1980, qui chaque année est prétexte aux rappels par des actions de asse sur la nécessite de démocratisation de système politique et de reconnaissance officielle de la langue et de la culture amazighs,l’ assassinat de Massinissa GUERMAH dans une brigade de gendarmerie à Ath Douala (région de montagne de Kabylie) et l’enlèvement puis le passage à tabac de plusieurs collégiens à Amizour( département de Béjaia) donnent lieu à des manifestations, grèves et marches en Kabylie . Surpris et dépassé par l’ampleur des événements, le pouvoir use d’une violence inouïe contre les manifestants pacifiques se traduisant au fil des jours par des dizaines d’assassinats et des milliers de blessés. La population souffrant de chômage endémique, de mépris et de pauvreté est terrorisée. Les provocations attisent le feu et sèment la colère et l’incompréhension d’une jeunesse sans aucune prise en charge ou de moyens de s’épanouir et interdite de tribune d’expression libre. Les organisations politiques et syndicales qui traînaient déjà pour la plupart la réputation d’être inféodées au système en place s’avouent impuissantes à canaliser la rage populaire et à  mettre fin à la violence systématique.

Dans le sillage de cette situation explosive, des voies sages se sont élevées pour appeler à s’organiser en vue d’arrêter l’effusion du sang. Si dans quelques centres urbains, les citoyens se sont organisés en comités citoyens de quartiers, la population a dans sa majorité choisi de retourner vers la structure ancestrale qui est  le Aarch (la tribu) à base de l’organisation en comités de villages d’où la naissance du mouvement citoyen des Aarchs.

Le mouvement citoyen des Archs est justement la confédération des tribus Kabyles, une sorte d’institution politique suprême dont la région a toujours recherché les services temporaires dans les  cas d’agression extérieure depuis plusieurs siècles. Le mouvement citoyen des Aarch tire sa force et sa crédibilité dans le noyau même de la confédération des Aarchs qui est Thadjmaat (Comité de Village), l’organisation sociale la plus ancienne connue des populations de la région. Thadjmaat est en fait le microcosme de la représentation sociale du village ou sont débattues toutes les questions et préoccupations des villageois et constitue par là même un espace de socialisation pour tous les individus majeurs. Une véritable institution de laquelle est exclue malheureusement la femme. Une entité politique réduite de la société Kabyle qui a cependant évolué progressivement en s’ouvrant ou en subissant des mutations imposées par la technologie et la sophistication des moyens de vie moderne. L’émergence du mouvement citoyen des Aarchs a fortement participé à l’accélération du processus du changement de cette superstructure longtemps dominée par des considérations de famille, de religion ou de sacré. Elle a été transformée en véritable environnement politique adéquat discutant non seulement de l’avenir d’un village ou d’un groupe de citoyens mais du destin de tout un peuple et de tout un pays. Et la population s’y est immédiatement attachée faisant des démonstrations de rue jamais égalée et sans pareil dans l’histoire de l’Algérie, la marche du 14 juin 2001 à Alger qui a drainée plus de deux millions de citoyennes et de citoyens et le rejet avec succès de toutes les échéances électorales constituent des illustrations indéniables. Une mobilisation accrue qui a mis à mal les autorités et réduit à presque rien la représentation politique notamment en région de Kabylie déjà souffrant d’un déficit de crédit encore d’actualité perdant de fait leurs privilèges . Ainsi Thadjmaat devient nationale, adoptant, à travers ses structures de département autonome, un mode d’organisation politique moderne dominé par des débats extrêmement libres et variés dans une transparence jamais démentie .une démocratie à la base . Les échos entre les régions d’Algérie s’élargissent et les idées convergent. Du jamais vue dans l’histoire politique nationale. Des vieux, habitués aux ordres du jours ordinaires dans les Thadjmaat qui traitent généralement de problèmes domestiques spécifiques à la cité, se jettent dans le bain des sujets forts de l’heure tels la démocratie, les droits de l’hommes, l’égalité entre l’homme et la femme et se surprennent à défendre des idéaux qui n’étaient forcément les leurs. Tout le monde l’aura constaté : une mini- révolution est en train de se produire. Les camisoles cèdent devant la fougue d’une jeunesse  avide de liberté , d’autonomie de décision, de prendre en main son propre devenir et les horizons d’espoir se multiplient.

Trois coordinations principales de département constituant le mouvement citoyen des Aarchs voient le jour, il s’agit de la coordination des Aarchs Daïras et Communes de Tizi-Ouzou (C.A.D.C.), la Coordination Inter Communale de Béjaia (C.I.C.B.) et de la Coordination des Comités Citoyens de Bouira (C.C.C.W.B). Faudra- t-il souligner ici le rôle et l’apport prépondérant apporté  par les différents comités estudiantins,quelques syndicats autonomes et les associations de défense et de promotion des droits des femmes qui ont intégré les structures de la dynamique citoyenne en participant à l’organisation de plusieurs actions.

La plate forme de revendication dite d’El Kseur (Ville où elle a été adoptée) dont l’aboutissement demeure le seul objectif du mouvement citoyen des Aarchs est la synthèse de la somme des revendications et doléances exprimées avec force et détermination dans la rue par la population durant plusieurs mois voir même depuis des années. Elle inclue 15 points de revendication structurées autour de quatre chapitres. Le premier chapitre concerne les réparations dûes aux victimes du printemps noir de 2001 à 2004 (réf : 1,3,5 et 14), il s’agit notamment d’octroyer un statut de martyr à chaque victime de la dignité et la prise en charge des victimes blessées. Le deuxième chapitre aborde les réparations par le châtiment et la sanction (réf : 2,4,6 et 7), il aborde le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et le départ des brigades de gendarmerie. Le troisième chapitre  s’intéresse aux revendications démocratiques et historiques (réf : 8,9,11 et 13), et se penche sur la satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions sans référendum et sans conditions et la consécration de la langue Amazighe dans la constitution comme langue nationale et officielle et la mise sous l’autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l’Etat ainsi que les Corps de sécurité et le respect des droits de l’Homme. Et enfin le dernier chapitre  aborde les revendications socio économiques telles le plan d’urgence socio économique pour les régions touchés par les événements du printemps noir, et l’institution d’une allocation chômage.

Depuis 5 mois le mouvement citoyen des Aarchs est entré dans une nouvelle phase qualitative avec l’ouverture d’un dialogue avec les hautes autorités du pays pour la mise en œuvre de la plate d’El Kseur. A cet effet, un accord pour la concrétisation des revendications a été signé entre le chef du gouvernement et la délégation du mouvement citoyen des Aarchs. Cet accord a permis d’instituer un mécanisme conjoint chargé du suivi et de la mise en oeuvre de la plate forme d’El Kseur.

En plus de l’application presque totale des mesures d’apaisement concernant les 6 incidences du printemps noir entre autre l’annulation des poursuites judicaires contre les manifestants, la réintégration des travailleurs licenciés pour leur appartenance au mouvement, un effort au travail et une mobilisation tous azimuts sont demandés aux délégués pour la réalisation des objectifs et des revendications contenues dans la plate forme d’El Kseur en partenariat avec les représentants de l’Etat.